Pétrole et biosphère

Zadig21 a pris la décision de vérifier les fondements de la pensée de Rousseau sur « le bon sauvage » perverti par le luxe et la civilisation

Il se rend dans l’un des derniers recoins de la planète, la forêt amazonienne et sa réserve Yasuni, convaincu d’y découvrir le « bon sauvage ». Quelle ne fut pas sa surprise de se retrouver nez à nez avec des indiens, panneaux à la main, manifestant dans les rues de Quito. Après le fiasco de la mémoire de Rio et le protocole de Kyoto, le voilà désormais confronté au fiasco de Quito….

 

> L’échec du plan Yasuni ITT

Lancé il y a six ans à la Tribune des Nations-Unies, le plan Yasuni ITT première mondiale pour lutter contre le réchauffement climatique, venait d’échouer. L’idée de départ était pourtant pleine de bon sens et de bonnes intentions : ne pas exploiter un gisement de pétrole lourd situé dans l’une des  plus grandes réserves mondiales de biosphère en échange d’une contribution financière de 3,6 milliards de dollars de la communauté internationale. Quoi de plus naturel au nom de la solidarité climatique mondiale….Mais 6 ans après les déclarations de bonnes intentions, seuls 13,3 millions de dollars ont été versés, soit moins de 0,5% sur la somme promise.

Au bout de 6 ans, il a fallu changer de stratégie et faire le compte des bonnes intentions. Rafael Correa, Président de l’Equateur, a présenté l’échec du plan Yasuni ITT comme l’une des « décisions les plus difficiles à prendre » au nom de l’hypocrisie mondiale. Tant pis donc pour les 696 espèces d’oiseaux, les 2274 espèces d’arbres, les 382 espèces de poissons, les 169 espèces de mammifères et, accessoirement, les indiens d’Amazonie…Tout progrès a un prix à payer et il est difficile de résister à sa destinée face à des champs pétroliers.

 

> L’histoire du parc Yasuni, une illustration de l’inefficacité d’objectifs de Développement Durable basés sur la « SOFT LAW »

En 1989, le parc Yasuni est déclaré « Réserve de biosphère par l’UNESCO », mais ce territoire abrite également un gisement de 850 millions de barils de pétrole, soit 20% des réserves du pays dont c’est la principale ressource.

En 2006, le Président Correa est élu en partie grâce à son programme largement inspiré des propositions du mouvement social des indiens et des écologistes.

En 2007, Rafael Correa fait appel à l’ONU pour lancer le projet YASUNI ITT consistant à interdire les forages pétroliers moyennant une subvention de l’ONU pour sauvegarder ce poumon de la planète.

En 2008, une nouvelle Constitution est votée dans le pays allant jusqu’à intégrer le « sumak kawsay », généralement traduit par « bien-vivre », qui tourne le dos à l’idée de croissance économique et considère les relations avec la nature comme essentielles à l’équilibre de toute société. Rousseau aurait été enchanté !

En 2010, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) crée, avec Quito, un fond d’affectation spécial pour le projet Yasuni ITT, visant à compenser la moitié des recettes perdues. Cette somme, symbolisant la coresponsabilité de la communauté internationale face au changement climatique, devait être investie dans les énergies renouvelables, le soutien aux populations locales et à la protection des parcs naturels, et son financement assuré par des entreprises privées et plusieurs pays dont la Belgique, l’Espagne, la France, l’Indonésie et l’Italie.

En 2013, réélu au premier tour, Rafael Correa fait marche arrière sur bon nombre de ses engagements progressistes au nom du principe de réalité et d’hypocrisie internationale. Il y perd sa crédibilité auprès des associations écologistes et sociales et c’est le début d’une opposition locale grandissante. A qui la faute ?

 

> La morale de Zadig21…

Les déclarations de bonnes intentions face au changement climatique sont insuffisantes face à l’urgence de la situation. Des engagements pluriannuels non programmés, non financés par les signataires, non contrôlés par des instances indépendantes, disposant d’un pouvoir de sanction, voire de coercition sont vains et génèrent frustration, contestation et opposition. Ce sont là les limites de la SOFT LAW

Zadig21 nous impose de sortir de cette vision binaire du monde opposant systématiquement nature et progrès.

Voltaire et Rousseau sont condamnés à s’entendre afin que Zadig21 puisse rester maître de sa destinée.

« S’indigner, se révolter, s’engager, mais ne jamais se résigner »

Logo_Zadig_ja2